Cette étude s'intéresse aux effets sur l'intervalle QT des drogues utilisées pour le traitement des nausées et vomissement post-opératoires : le dropéridol (Droleptan ®) et l'ondansetron (Zophren ®).
Il s'agit d'une étude non randomisée, en aveugle, ayant pour objectif de décrire les modifications de l'intervalle QT corrigé avec la fréquence cardiaque (QTc) dans les 15 minutes suivant l'administration intraveineuse de droperidol (0,75 mg, 43 patients) ou d'ondansetron (4mg, 42 patients) pour le traitement des nausées et vomissements post-opératoires.
Le QTc avant administration était augmenté chez 21% des patients, et ceci en relation avec la durée de l'anesthésie et la température corporelle post-opératoire. Dans les deux groupes, l'intervalle QTc augmente significativement après l'injection de la drogue (augmentation maximale moyenne de 17 ± 9 ms pour droperidol et 20 ± 13 ms pour ondansetron). L'augmentation maximale du QTc est observée respectivement à 2 et 3 min après l'injection de dropéridol et d'ondansetron, puis diminuait progressivement dans les 180 minutes qui suivaient. L'augmentation de l'intervalle QTc ne dépendait pas de sa valeur de base (avant l'administration de la drogue).
Implication clinique : les arythmies cardiaques liées à l'utilisation de médicaments font l'objet d'une attention croissante. Quand ces drogues allonge l'intervalle QT, le rapport bénéfice-risque doit être considéré. Dans la période post-opératoire immédiate, même de faibles doses de dropéridol ou d'ondansetron allonge le QTc. Cette augmentation est importante et le risque de torsade de pointe n'est alors pas négligeable, ce d'autant plus que quand l'anesthésie a été longue, le QTc est plus souvent déjà allongé même avant l'administration de la drogue.
L'objectif de cette étude n'était pas de comparer les deux groupes. Elle reste une étude observationnelle, permettant d'évaluer les modifications du QT induites par chaque drogue. De même, l'effectif n'était pas calculé pour étudier la survenue de torsades de pointe, événement qui reste rare dans la période post-opératoire. L'intérêt principal de cette étude est qu'elle étudie les modifications du QT dans une période à risque. En effet, l'hypothermie post-opératoire et l'imprégnation prolongée en halogénés conduisent probablement chez environ 20% des patients à une augmentation du QT de base. Chez ces patients, l'augmentation du QTc par les médicaments anti-émétiques est également observée conduisant à un véritable QT long acquis. Le QTc atteint ainsi des niveaux jugés dangereux pour la survenue de torsades de pointe. Par ailleurs, chez les patients avec un QT long congénital, l'utilisation de ces drogues paraît dangereuse.